Imaginons Ensemble l'Avenir - Le Blog de Kévin Bernardi

Cette fois, la question est posée de pour de bon. Le rapport remis jeudi 18 juin par la commission co-présidée par Arnaud Montebourg, secrétaire national à la rénovation, et Olivier Ferrand, président de la fondation Terra Nova, réclame ouvertement « des primaires ouvertes et populaires en 2011 ». Les  représentants de Ségolène Royal, de Martine Aubry, du Pôle écologique, de Benoit Hamon et de Pierre Moscovici ont voté pour. Personne n’a voté contre. Le missi-dominici de François Hollande n’a pas pris par au vote, celui de Laurent Fabius n’a même pas pris la peine de se déplacer et celui de Bertrand Delanoë, pris en sandwich entre l’orthodoxie jospinienne et l’attitude beaucoup plus ouverte de Bertrand Delanoë, n’a eu d’autre choix que de dégager en touche en plaidant « l’abstention constructive ».

Signé par les deux co-présidents, le préambule de cet appel du 18 juin ne manie pas la langue de bois. Extraits : « Aucune des fonctions vitales (production d’idées nouvelles, opposition au pouvoir, mobilisation électorale) que devrait assumer le parti n’est plus correctement exercée (…). Aucun leader « naturel » ne s’est imposé et nos institutions ne permettent pas de choisir entre nos nombreux talents – au contraire, elles les broient ». Le schéma général avancé par ce rapport s’inspire de réflexions déjà connues et relativement consensuelles. Ouvrir des listes électorales sur la base du volontariat, s’efforcer d’associer toute la gauche de gouvernement (de Mélenchon à Chevènement), définir les règles du jeu « à froid », lancer la discussion sur le programme du PS en 2010 et mettre à profit les primaires pour trancher en 2011 les questions qui demeurent en débat. Objectif : ne plus avoir à subir la contradiction mortifère entre le programme du parti et celui du candidat.

La principale nouveauté vient de la façon dont la commission propose de régler la question, ô combien délicate, de la pré-selection. Comment en effet, « écrémer » les candidatures à la candidature ? L’idée avancée est la suivante : ne pas imposer un seuil trop exigeant, quitte à ce qu’une quinzaine de prétendants se présentent sur la ligne de départ. Un round initial en trois phases serait mis en place. Un premier tour de vote éliminatoire dans dix départements permettrait de retenir les candidats ayant dépassé le seuil de 5% des voix. Puis, un second tour aurait lieu dans vingt autres départements en retenant le seuil de 10% puis un troisième tour sur le reste du territoire en ne retenant que ceux qui dépasseront les 15%. Evidemment, la première phase de ce marathon démocratique apparaît assez baroque. On entend déjà les commentaires sarcastiques de ceux qui jugent que le projet de primaires est mort-né. Les auteurs du rapport se disent prêts à discuter de ces modalités et considèrent que ces considérations pratiques ne doivent pas occulter l’essentiel du débat. Au moins, on ne pourra pas dire que les socialistes sont dénués d’imagination. Au final, on se retrouverait au premier tour des primaires proprement dites avec quatre ou cinq candidats avant le face à face ultime du deuxième tour, en juin 2011.

L’organisation de primaires ouvertes représenterait un véritable big-bang. D’abord, une telle consultation introduirait  une rupture avec la conception – implicite mais solidement ancrée - du parti élitaire. Le PS ne désignerait plus tout seul son champion et ferait arbitrer par ses sympathisants les débats programmatiques portés par les différents candidats. On peut espérer, suivant l’exemple du parti démocrate américain lors du parcours de Barack Obama, que la mobilisation de millions de sympathisants permettra d’impliquer dans la campagne présidentielle une « masse » de militants, bien au delà du seul cercle des adhérents du PS.

Ensuite, les primaires traduiraient la conversion officielle des socialistes à la logique institutionnelle de la V ème République (la présidentielle est la mère de toutes les élections et faut donc s’organiser en conséquence). Le fait qu’Arnaud Montebourg se fasse le porte-drapeau de la croisade des primaires est révélateur de cette évolution. Enfin, ces fameuses primaires engageraient réellement le PS sur la voie de son « dépassement » - pour reprendre un mot très en cour parmi les socialistes depuis quelques jours. En effet, s’il veut  convaincre ses partenaires de participer à la primaires (c’est à dire, très probablement, d’accepter de perdre la compétition au profit d’un socialiste), il lui faudra sérieusement composer avec le reste de la gauche. C’est à dire se mettre d’accord sur un programme et accepter de sacrifier nombre de circonscriptions législatives.

La question des primaires est donc posée. Reste à savoir si le débat pourra vraiment s’ouvrir dans les instances dirigeantes entre ceux qui y voient un bain de jouvence et ceux qui, au contraire, s’attendent à une douche écossaise. Les premiers y ont tout intérêt. Les autres ont l’intention de jouer la montre.


Jean-Michel Normand

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-> Article publié sur le blog "Puzzle Socialiste" du journal "Le Monde"

Ven 19 jun 2009 Aucun commentaire