Face à l'indifférence quasi-générale de la classe politique ou intellectuelle à l'égard des propos tenus Vendredi dernier sur le plateau du "13 Heures" de France 2 par Jean-Paul Guerlain, Audrey Pulvar, journaliste d'origine martiniquaise a décidé de publier une lettre ouverte à l'attention de l'héritier de la célèbre marque de parfums.
Je vous propose les dernières lignes de cette lettre, pleine de convictions :
« J’ai travaillé comme un nègre, je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… » [...]
"Cher monsieur Guerlain, vous dont l’un des parfums suffisait, à lui seul, à rassurer l’enfant que j’étais quand sa mère s’absentait, vous dont le nom m’a accompagnée, de mère en fille, de sœur en sœur, aussi loin que remontent mes souvenirs et dont je ne pourrai plus, jamais, porter la moindre fragrance, moi négresse, je vous relis, je vous dédie ces quelques lignes, signées Aimé Césaire : « Vibre… vibre essence même de l’ombre, en aile en gosier, c’est à forces de périr, le mot nègre, sorti tout armé du hurlement d’une fleur vénéneuse, le mot nègre, tout pouacre de parasites… le mot nègre, tout plein de brigands qui rôdent, de mères qui crient, d’enfants qui pleurent, le mot nègre, un grésillement de chairs qui brûlent, âcre et de corne, le mot nègre, comme le soleil qui saigne de la griffe, sur le trottoir des nuages, le mot nègre, comme le dernier rire vêlé de l’innocence, entre les crocs du tigre, et comme le mot soleil est un claquement de balle, et comme le mot nuit, un taffetas qu’on déchire… le mot nègre, dru savez-vous, du tonnerre d’un été que s’arrogent des libertés incrédules ».
Aimé Césaire qui, à l’insulte, répondit aussi un jour : « Eh bien le nègre, il t’emmerde ! ».
Extraits du poême "Mots", du recueil Cadastres, d'Aimé Césaire".
Vous pouvez prendre connaissance de l'intégralité de la lettre ouverte "Nègre je suis, nègre je resterai", sur le site de France Inter.















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