Comme des millions de téléspectateurs, nous avons regardé en direct les obsèques de Michaël Jackson,
événement planétaire qu'on ne peut balayer d'un revers de main au motif qu'il ferait diversion par rapport aux sanglantes répressions de la Chine et de l'Iran, au coup d'Etat du Honduras et à
bien d'autres tragédies subies au même moment par les peuples du monde. Car ce deuil mondialisé et cette « communauté
d'émotion » (comme la nomme Paul Virilio, penseur des vitesses contemporaines), il faut tâcher aussi d'en comprendre le sens. A la mort de John Lennon, les radios mondiales observèrent une
minute de silence. Mais la ferveur éplorée et partagée sous toutes les latitudes qu'a suscitée la mort de Michaël Jackson est proprement
inédite.
Ce chagrin 2.0 va d'abord, bien sûr, à l'immense artiste qui a réussi la synthèse éclatante de ce que la soul music, le rock, la pop et même le jazz ont produit de mieux, de Stevie Wonder à Mac
Cartney en passant par James Brown et, bien sûr, Bob Marley, premier artiste noir devenu messie planétaire. Des millions d'adolescents se sont entraînés à reproduire les pas du
« moonwalk », Fred Astaire l'a adoubé comme son successeur, Miles Davis a emprunté à son répertoire, nombre de rappeurs ont échantillonné ses rythmes, des générations de chanteurs et de
danseurs ont été influencées par ses performances.
La gloire de Michaël Jackson éclate en 1979, avec l'album Off the Wall produit par le maître Quincy Jones. Il révèle ce que l'enfant à la voix de cristal des
Jackson Five portait en lui : un performer hors norme, dynamitant un à un tous les codes de classification musicale et chorégraphique en vigueur. Michaël Jackson ne conçoit
pas ses clips comme de simples supports promotionnels mais comme de véritables mini-films qui préfigurent, avec un temps d'avance, la virtualisation du monde musical devenue chose courante
dans les années My Space.
C'est ce statut de pionnier du virtuel et de la réinvention de soi qui a fait la popularité universelle de Michaël Jackson, des bas-fonds de Lagos aux quartiers huppés de Manhattan. Rien ne
serait plus réducteur que de s'en tenir – même s'il fut aussi cela – à l'image du mégalomane paranoïaque défiant le temps et isolé dans un caisson à oxygène.
Michaël Jackson fut la première icône véritablement planétaire, adulé au Nord et au Sud, à l'Est et à l'Ouest (à Prague, en 1996, on érigea sa statue à la place de celle de Staline, lors du
lancement de l'European History Tour). Mutant des temps modernes, il a donné à voir sa métamorphose (au sens kafkaïen) en temps réel, androgyne dépigmenté auquel nul ne fit pourtant le reproche
de n'être qu'un « bounty » et dont le clip « Black or White » délivrait le message. Son père aujourd'hui
déshérité, Joey Jackson, le priva d'enfance ; il le traitait de « singe », pour la forme de son nez et la couleur de sa peau, mais lui faisait jouer, avec ses frères, le singe savant en
le poussant sur la scène Motown à l'âge où d'autres apprennent la lecture et le calcul. Cette enfance qu'il n'eut pas, Michaël Jackson voulut en faire son âge
éternel.
Mais les jeunesses du monde entier - des deux Europes quand elles étaient encore séparées par le Mur, des Amériques, d'Afrique ou d'Asie - ne s'y sont pas trompées : Michaël Jackson fut tout
autant un fils prodige qu'un enfant sacrifié. Il suffit de réécouter ses a cappella de I'll Be There ou de Ben pour être saisi par cette voix prodigieuse d'un enfant qui ne fut jamais comme les
autres. Tous les commentaires, toutes les analyses, judiciaires, médicales ou même artistiques se fracasseront toujours sur cette innocence-là et ce talent inouï.
Vint ensuite la vie de jeune homme et d'artiste en nom propre, loin de la tribu de Gary, dans l'Indiana, enfin émancipé du frère Jermaine et des grandes soeurs Janet et La Toya. Une vie dont il
voulut être le maître, littéralement off the wall, titre de son premier album solo et premier succès mondial avant Thriller, sorti trois ans plus tard, qui changea musicalement la face du monde.
Albums révolutionnaires qui transcendent la notion même de musique : danse, pochettes de disques, scénographie et bien sûr vidéos avec ces trois films (Billie Jean, Thriller et Beat It) feront
basculer les années 80 de l'image vers l'imagerie.
C'est à ce moment précis que Jackson fait, à son corps défendant, son entrée en politique. Parce qu'il est le premier Noir à vendre plus de disques que toutes les stars du rock. Parce qu'il
s'autorise le projet d'acquérir les droits du plus grand groupe pop de l'histoire, les Beatles. Quelle revanche après des années de pillage, fût-il admiratif, du catalogue blues et jazz par des
artistes blancs qui n'étaient pas tous, à l'instar d'Elvis Presley, camionneurs dans l'Arkansas ! Parce qu'il incarne alors un affranchissement, une forme de prise de pouvoir, allant plus loin
que tous ceux qui avaient, avant lui, pavé le chemin, les James Brown, Stevie Wonder, Coltrane, Charles Mingus, Diana Ross, sa marraine artistique, et tant d'autres.
Michaël Jackson voulut plus que s'inscrire dans le sillage du mouvement "black is beautiful" : devenir « blanc » sans renoncer à être « noir », hybride proprement innommable.
Ahurissante traversée des apparences et sculpture de soi qu'on ne peut réduire à sa dimension de pathologie moderne. Paul Mc Cartney sera toujours un petit gars de Liverpool et Bono un Irlandais
en or massif. Mais comment qualifier celui qui s'acharna à transgresser les étiquettes de genre et de couleur ? Celui qui s'est voulu au-dessus des lois du monde physique, à commencer par celles
de la pesanteur et de l'âge ? Celui qui vécut en orbite à Neverland, ce monde de Peter Pan où les enfants ne grandissent jamais, et se voulut éternel de son vivant ?
Sa quête d'éternité aura eu raison de lui. De plus en plus virtuel à l'écran, sorte d'hologramme de lui-même, Michaël Jackson subira une réalité de plus en
plus cruelle. L'âge, d'abord, qui ne fait pas de quartier. Les affaires, ensuite, avec ces droits des Beatles trop coûteux et ces accusations de pédophilie effacées à coup de millions de dollars.
Rien n'y fait : il n'est plus un enfant et personne ne croit à cette fable d'un Peter Pan revisité par MTV, marchant sur l'eau comme aux temps de We Are The World, période où son talent et son
ego étaient au service d'une cause, l'Afrique, qui le lui rend si bien aujourd'hui à travers ses milliers d'hommages.
Lors de ses récents procès, Jackson était accompagné de gardes du corps issus, dit-on, de la Nation of Islam. Se serait-il radicalisé ? Bambi chasserait-il sur les mêmes terres que celles
de Mohammed Ali ? Pas sûr. Mais si l'on a en tête que les Africains déportés pendant la traite esclavagiste sont devenus "Noirs" déshumanisés sur le sol américain, le travail de blanchiment qu'il
a opéré sur lui-même a sans doute valeur non de mimétisme mais de refus des codes dominants. C'est sans doute pourquoi, de par le monde, on n'y a pas vu de trahison des
origines.
En ce sens, peut-être Michaël Jackson aura-t-il, au bout du compte, préparé à sa manière le triomphe d'un vrai métis en la personne de Barack Obama, fan de son génie musical universel et
aboutissement politiquement réussi d'un refus sans amnésie des assignations identitaires qui emprisonnent.
Guillaume Fedou
Sophie Bouchet-Petersen
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-> "Désirs d'Avenir"
Étudiant âgé de 22 ans, je suis actuellement la formation du Master II Administration et Droit de l'Action Publique de l'Université de Perpignan-Via Domitia dans l'optique de réaliser un Mémoire portant sur les mutations dans la gouvernance du Comité International Olympique (CIO) et dans l'organisation des Jeux Olympiques.
Élu Représentant Suppléant des étudiants au Conseil d'Administration de l'Université, le 11 Mars 2010, pour un mandat de deux ans, je représente plus particulièrement l'antenne délocalisée de Narbonne.
J'ai ouvert ce Blog en Août 2006 avec la volonté de créer un lieu d'échanges et de réflexions à l'occasion des Primaires Socialistes - en soutien à Ségolène Royal - puis de la Présidentielle de 2007.
Aujourd'hui centré sur l'actualité politique nationale et internationale, ce Blog se développe aussi au travers d'articles thématiques principalement axés sur la Vie Etudiante et l'Actualité du Droit et de la Justice, deux thématiques qui me sont chères au regard de mes études.
Adhérent du Parti Socialiste (Section de Narbonne) depuis 2008, je suis par ailleurs Responsable local du Mouvement des Jeunes Socialistes depuis 2011.
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