Ségolène Royal, candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007, a accordé une interview au quotidien "Le
Monde" où elle évoque notamment le score du Front National, lors du premier tour, ainsi que la stratégie de François Hollande pour séduire les déçus de la politique, à dix jours du
second tour.
Je vous propose de prendre connaissance de quelques extraits de cet entretien disponible en intégralité sur le site internet
du "Monde" :
Etes-vous surprise de voir Marine Le Pen atteindre un score de 17,9 % et rassembler 6,4 millions de suffrages ?
Cette montée du Front national, nous l'avions sentie pendant la campagne de porte-à-porte. Outre le noyau dur des militants FN, beaucoup d'électeurs, qui ont le sentiment de perdre la main sur leur vie et que la France perd la main sur son destin pendant qu'une oligarchie financière continue à s'enrichir, ont exprimé à la fois une colère et une peur.
De plus, ceux qui avaient voté Sarkozy en 2007 se sont sentis trahis par les promesses non tenues sur la valeur travail ou sur la sécurité. Ils sont donc revenus au FN.
En quoi le chef de l'Etat est-il responsable de cette situation ?
Sa responsabilité, c'est d'avoir bafoué ses engagements. Ça a porté un coup au crédit de la politique. Plus personne ne croit à la sortie de crise, annoncée en 2010. Il avait parlé de la valeur travail, mais il a favorisé ceux qui s'enrichissent en dormant. Il a fustigé l'assistanat, mais il a assisté les riches par les avantages fiscaux. Il avait promis un Etat fort : nous avons eu le laisser-aller, sans aucun contrôle du système financier. Il avait promis de protéger les Français, or jamais les insécurités économiques, sociales, culturelles, éducatives n'ont été aussi fortes, sauf pour les privilégiés. Des millions de Français ont le sentiment d'être déclassés, et même de "dévisser".
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Comment François Hollande peut-il convaincre ces électeurs qui ont choisi le Front national au premier tour ?
Il s'agit de montrer que son projet répond aux préoccupations de ceux qui subissent les désordres et les insécurisations. Apporter les sécurités que les gens attendent, placer en priorité le travail, la réforme financière, la protection contre la mondialisation sauvage, c'est répondre à ces électeurs. Et c'est bon pour tout le pays. D'autres propositions de François Hollande, comme le blocage du prix de l'essence ou l'encadrement des marges dans la grande distribution, correspondent à ces attentes.
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Pourquoi avoir affirmé que le droit de vote des étrangers aux élections locales "n'a jamais été une priorité" pour le Parti socialiste ?
Parce que la nouvelle stratégie de l'UMP est de cibler le débat uniquement sur l'immigration en déformant grossièrement les propositions. Il fallait donc absolument remettre leurs pendules à l'heure et rappeler que les priorités sont l'emploi, la justice sociale, la jeunesse, l'éducation.
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Le score de Jean-Luc Mélenchon est-il un atout ou un caillou dans la chaussure du candidat Hollande ?
Son discours de soutien a été fait avec panache, sans réserve. Il n'a pas attendu un jour ou deux, envoyé des questionnaires... Et puis, avec 11 %, il a réussi à créer un vrai courant d'idées intéressantes. Ce score lui permet d'exister et de continuer à défendre ses convictions, sans pour autant nous prendre en otage ni fragiliser le cœur de notre projet.
Que vous inspire, vous qui l'avez affronté en 2007, la proposition de Nicolas Sarkozy de multiplier les débats d'entre-deux-tours ?
Il a la mémoire courte ! Je rappelle qu'en 2007, j'avais demandé plusieurs débats, et qu'il avait refusé.
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Propos recueillis par David Revault d'Allonnes








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