En accédant au pouvoir le 06 Octobre 2002, celui qui fut tour à tour cireur de chaussures, blanchisseur, vendeur ambulant de cacahuètes, métallurgiste et tourneur-fraiseur, dû faire face à plusieurs défis.
Luiz Ignacio Lula Da Silva, plus communément appelé Lula, s'engagea à mettre en œuvre une politique industrielle et sociale pour réveiller un géant endormi de 193 millions d'habitants.
En 2005, Lula et son Gouvernement ont instauré un programme social d'envergure : « Bolsa Familia ».
S'inspirant du programme « Bolsa Escola » que l'on pourrait traduire par « Bourse Scolaire », le programme « Bolsa Familia » a pour objectif de permettre à 60 millions de citoyens brésiliens de percevoir une aide comprise entre 19 et 35 euros par mois à la condition que les enfants de chaque foyer bénéficiaire, soient scolarisés.
En outre, le revenu minimum a été doublé depuis l'arrivée au pouvoir de Lula. Il est désormais établit à 162 euros par mois.
Ces mesures sociales ont permis une réduction sensible de la pauvreté au Brésil. Ainsi, 24 % de la population vit aujourd'hui sous le seuil de pauvreté. Un chiffre encore élevé certes mais loin des 35 % de 2001.
Par ailleurs, la politique sociale de Lula a eut pour conséquence directe, l'émergence d'une véritable « classe moyenne », la classe « C ». Au Brésil, les économistes classent la population en cinq classes sociales :
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A = élite
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B = classe moyenne supérieure
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C = classe moyenne = 100 millions d'individus qui perçoivent entre 306 et 414 euros par mois
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D = pauvres
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E = très pauvres
L'accès aux loisirs n'a pas non plus été oublié par la politique économique de Lula, puisque des mesures ont permis une meilleure obtention du crédit à la consommation.
Mais au niveau social, tout n'est pas réglé. Comme l'explique l'économiste Francisco Menezes, « la couche la plus pauvre, soit environ 11 millions de personnes, n'arrive toujours pas à prendre l'ascenseur social activé par Lula ».
En parallèle du programme « Bolsa Familia » et de l'ensemble des politiques sociales, Lula a institué durant son deuxième mandat (2006-2010) un programme alliant urbanisme et sécurité de grande ampleur : « Territoire de Paix ».
Ce programme lancé en 2008 a pour but remédier à la violence et aux trafics en tout genre, dans les « favelas » du Brésil. A titre d'exemple, à Alemao, favela de 97 000 habitants, il y a environ 700 homicides annuels.
S'appuyant sur le concept de démocratie participative, « Territoire de Paix » inclus les mères de famille et les jeunes de 15 à 24 ans. Concrètement, les femmes souhaitant œuvrer dans les quartiers en tant que médiatrices, peuvent percevoir 59 euros par mois. Les jeunes qui désireraient quant à eux intégrer un programme associatif, pourraient gagner 31 euros par mois.
En outre, un « bonus » de 124 euros mensuel peut être accordé à celles et ceux qui voudraient suivre une formation spécifique au respect des Droits de l'Homme.
« Territoire de Paix », doté de 2 milliards d'euros, a aussi pour objectif de réhabiliter l'espace urbain dans les grandes métropoles du pays. Cela passe par la construction de routes, de logements, de maisons de santé mais aussi de salles de sports à destination d'une population juvénile importante au Brésil.
Cette jeunesse constitue un atout de poids pour une puissance régionale qui s'affirme peu à peu sur la scène internationale : 28 % de la population brésilienne a moins de 15 ans (contre 18 % en France) et 6 % a plus de 65 ans (16 % dans l'Hexagone).
Aujourd'hui, le Brésil est, avec un PIB de 1 990 milliards de dollars, la neuvième puissance économique mondiale.
Il est le dixième producteur mondial de pétrole, le premier pour la production de minerai de fer, le premier pour la production de soja, le deuxième pour les biocarburants.
Mais malgré un classement plus que flatteur pour la production agricole, le Brésil doit faire face à un défi écologique majeur, celui de la préservation de la forêt amazonienne, « poumon vert » de la planète. Afin de faciliter la production de soja et de biocarburants, le Brésil a fait le choix de poursuivre une déforestation devenue massive au fil des ans.
A la veille de sa « retraite » présidentielle et à quelques mois du Sommet Mondial pour le Climat organisé à Cancun (Mexique), Lula a souhaité effectuer un virage écologique. Ainsi, d'après les données recueillies par le système satellitaire « Deter », la politique publique mise en place aurait contribué à un recul historique de la déforestation de 48 % d'Août 2009 à Août 2010.
Lula doit cependant faire face à de nouvelles critiques sur sa politique en faveur de la construction d'immenses barrages hydroélectriques. Le « Belo Monte » deviendra dans quelques années, le troisième complexe hydraulique au monde. Il sectionnera le fleuve Xingu sur une largeur de 6 kilomètres. Les populations riveraines et plusieurs associations de défense de l'environnement protestent contre cette édification qui risque de modifier en profondeur l'écosystème de cette région d'Amazonie.
Sur le plan international, le Président Lula a assis son influence au niveau diplomatique par ses efforts pour l'obtention de la Coupe du Monde de Football 2014 et des Jeux Olympiques et Paralympiques 2016.
A l'exemple de la Candidature de Rio de Janeiro, Lula a constamment fait la promotion de son pays, au cours de ses déplacements à l'étranger (visites officielles...). Un engagement continu qui a porté ses fruits, puisque le Brésil sera hôte, à deux ans d'intervalle, des deux plus grands évènements sportifs, économiques et médiatiques au monde. Une chance inouï pour un pays qui prévoit une croissance de 7 % pour l'année 2010, une chance pour la modernisation des infrastructures de transports et une réhabilitation des espaces urbains et péri-urbains de cet immense pays d'Amérique du Sud.
Cette campagne de promotion du Brésil vise indirectement une autre cause : l'obtention prochaine d'un siège au Conseil de Sécurité des Nations Unis (ONU). Mais là, il ne suffit pas d'être bon diplomate pour s'imposer, les puissances présentes souhaitant pour l'heure conserver leurs prérogatives. Et même si certains États comme la France font mine de soutenir le Brésil dans sa quête, les membres du Conseil de Sécurité (France, États-Unis...) ne voient toujours pas d'un bon œil l'ouverture de leur « domaine réservé » à d'autres puissances. Avant le Brésil, d'autres pays ont tenté leur chance, en vain.
Aujourd'hui, le Brésil s'affirme comme une économie incontournable à l'image de la Chine.
L'accueil du Mondial - bien que des retards dans les travaux soient pointés du doigt – et surtout l'organisation des Jeux Olympiques, vont permettre d'assoir l'influence du Brésil sur l'échiquier mondial en offrant au pays une formidable vitrine de son savoir-faire. Il y a deux ans, Pékin (Chine), avait montré au monde entier sa puissance technologique et économique. Il y a quelques mois, la Chine a renouvelé la démonstration avec l'Exposition Universelle de Shanghai qui s'achève prochainement.
Le 03 Octobre 2010, des dizaines de millions de citoyens brésiliens seront appelés aux urnes pour désigner le futur Chef d'Etat. Pour la première fois de son Histoire, le Brésil pourrait élire une femme à sa tête, en la personne de Dilma Rousseff, candidate du Parti des Travailleurs (PT), le parti d'un certain Lula.
Selon les observateurs, « à moins d'une catastrophe ou d'un énorme scandale, tout indique que Rousseff passera dès le premier tour ». Les sondages créditent en effet Dilma Rousseff de 50 % d'intentions de vote, soit 25 points de plus que son adversaire direct, José Serra (Social Démocrate) ancien Gouverneur de São Paulo. Il faut dire que Dilma Rousseff dispose d'un allier de poids en la personne de Lula, un Président qui, au terme de deux mandats, quittera la scène politique avec 80 % d'opinions favorables !
Kévin Bernardi
-> Photographie :
Flickr








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